Le froid ? Peu me chaut…

SFPa_130210_003

C’est l’hiver, et depuis quelques jours – en tout cas par chez nous – , la neige le froid et le vent sont bien présents pour nous le rappeler !

Moi qui aime bien la photo de nuit, la moto ou encore les sorties raquettes, c’est une période pour le moins « difficile » et si je ne fais pas suffisamment attention, je me retrouve rapidement avec les doigts et les pieds complétements blancs / sans sensations. Pourtant hors de question de passer l’hiver complet au chaud à l’intérieur (ce même s’il est possible de faire des photos sans se peler le derrière ; voici d’ailleurs petit billet comprenant quelques idées juste pour toi)

Alors j’avais déjà fait un billet il y a un moment sur quelques apprentissages / techniques que j’avais apprises pour lutter contre le froid (c’est ici que ca se passe : vive le froid, vive le froid, …).

Néanmoins, en le relisant récemment, et après avoir amélioré mon système et mes connaissances à ce sujet, je ne peux m’empêcher de constater les oublis, inexactitudes et autres erreurs.

Du coup, je me dis qu’un billet plus complet (et j’espère plus « juste ») ne pourra pas faire de mal, tout en évitant de tomber dans l’erreur de la « liste à la prévert » concernant le matériel…

Ca tombe bien en plus, la période est propice, et je sors d’un stage « Grand Froid » où j’ai appris de très bonnes choses que je vais essayer de retranscrire ici (en espérant de ne pas dire de trop grosses conneries)

SFP_120205_5172-5182

Propos liminaires : un peu de thé au riz

 Sans tomber dans un cours approfondi de physique appliquée, il est tout de même bon de se rappeler quelques principes de bases sur les échanges de chaleur :

1 – Quand deux objets (ici : toi et l’environnement extérieur) ont des températures différentes, l’objet « froid » refroidira le « chaud » et lycée de Versailles, ce jusqu’à ce que les objets aient tous deux la même température.

[je sais que cette phrase est un raccourci pas tout à fait exact, mais c’est pour faire comprendre le principe général]

Qu’en conclure ?

  1. Que si tu cherches à réchauffer l’environnement extérieur, c’est toi qui va perdre, tu ne fais littéralement pas le poids 😉
  2. Que comme ni toi ni moi n’avons envie de terminer avec une température interne du niveau de celle d’un glaçon, il va falloir trouver des astuces pour limiter les échanges de chaleur avec l’environnement extérieur : cela s’appelle s’isoler (et non  je ne parle pas de vivre reclus dans une grotte loin de la société, petit garnement !!!)

2 – Différentes formes d’échange de chaleur (retenez RECC) :

  • une invitation de Dodo la Saumure pour une soirée libertine dans un hôtel chic… Ah, on me dit dans l’oreillette que c’est hors-sujet ! ousp… pardon, j’ai glissé ^^
  • Rayonnement. Tout corps « chaud » diffuse sa chaleur par rayonnement (infra-rouges). C’est ce qui arrive quand un rocher (face sud) restitue la chaleur reçue en journée par le soleil !
  • Évaporation, un liquide ayant besoin d’énergie (chaleur) pour se transformer en gaz, il y aura donc un échange avec le support. C’est pour ça que tu as une sensation de froid quand ta peau est mouillée en sortant de la piscine et que tu n ‘as plus cette sensation une fois sec !
  • Conduction, comme quand tu te brûles tes pieds nus sur le sable chaud ou quand tu te te glaces les mains à manipuler des objets métalliques froids (genre un trépied photo ayant séjourné deux heures à -10°C)
  • Convection, en gros l’effet du vent, que les motards connaissent bien : sur un roadster, on n’a pas la même sensation de froid à 50km/h qu’à 130 km/h. A noter que la convection accélère l’évaporation, c’est une sorte de « deuxième effet Kiss-Cool » (© David Manise du CEETS).
    Pour généraliser un peu plus, c’est un peu le même principe que la conduction, sauf qu’on parle là d’un fluide (au lieu d’un solide pour la conduction) en mouvement.

3 – Principaux mécanismes de régulation thermique du corps humain :

  • La vasoconstriction. Les vaisseaux sanguins ont une surface d’échange avec l’extérieur très importante. Quand on a froid, ils se contractent pour limiter ces échanges (et inversement quand il fait chaud d’ailleurs…)
  • L’horripilation. Érection des poils pour emprisonner de l’air statique (le meilleur isolant). Cela marche moins bien que pour nos lointains ancêtres, comme nous sommes moins pourvus (quoi que pour certain(e)s… ok je suis déjà loin !)
  • Le frissonnement. Mécanisme involontaire de contraction des muscles à des fins de production de chaleur
  • La thermogenèse. Mécanisme volontaire de contraction des muscles à des fins de production de chaleur (et accessoirement de locomotion). Oui je parle d’activité physique, mais c’est plus « staïlé » de dire thermogenèse non ?
  • Augmentation de la couche de graisse. 2 raisons : la couche de graisse isole et la graisse est un magnifique carburant pour le corps humain quand il fait froid
  • L’acclimatation au froid. Les recherches ont prouvé que le gêne du froid des Inuits n’existait pas. C’est une question d’acclimatation depuis qu’ils sont tout jeunes.
    Ce mécanisme ne fonctionne pas de manière brutale, il faut y aller petit à petit sur une période longue. Te jeter tout nu dans la neige ne t’acclimatera pas, tu auras au mieux de bonnes onglées et une bonne crève ou au pire une hypothermie bien avancée !

4 – Par où le corps humain échange-t-il le plus de chaleur avec l’extérieur ?

  1. la tête. Car les capillaires sur la tête n’utilisent pas (ou peu ?) les mécanismes de vaso-constriction pour limiter les échanges de chaleur avec l’extérieur
  2. le cou. Principalement à cause des carotides qui ne sont pas loin sous la peau
  3. le buste. Siège de nombreux organes vitaux et doté accessoirement d’une grande surface d’échange avec l’extérieur
  4. les membres. Les bras et les jambes j’entends, hein ?

Note importante : je ne recommande pas d’aller courir tout nu dans la neige uniquement vêtu de son bonnet et d’une écharpe, mon propos est plutôt de dire qu’avant de multiplier les couches « ad vitam aeternam » sur le buste et les jambes et de conserver la tête nue, il peut-être intéressant de penser à mettre un bonnet 😉 . Oui, et cela même si ça bousille la super coupe de cheveux que t’as mis une heure à faire devant la glace ce matin 😉

Parking #fail

Conseils pratiques (pour l’être humain, ton matériel on s’en fout, il peut se remplacer 😉 )

un jour j’irais vivre en théorie, parce que tout se passe toujours bien là bas…

Source inconnue

Ouais parce que la théorie c’est bien, mais t’étais pas venu pour te prendre le chou avec de la thermodynamique, de la mécanique des fluides ou de la biologie 😉

[Règle numéro] 1 du fight-club (euuh non, de la gestion du froid) : ne jamais avoir froid

Ça a l’air con comme ça, mais ça veut bien dire ce que ça veut dire : si t’as froid, c’est qu’il y a quelque chose qui cloche dans le système, et qu’il faut réagir avant que ce soit réellement problématique.
Il faut en effet à tout prix prévenir l’hypothermie, car une fois arrivé à ce stade, ça devient franchement galère à gérer.

Bien se connaitre, savoir rester dans sa zone de confort, bien préparer sa sortie, savoir quand s’arrêter si besoin, ainsi qu’un système de vêtements fiable (cf. plus bas) restent les meilleurs moyens de respecter cette règle.

2 : Craindre l’humidité comme la peste

L’humidité sur la peau ou les vêtements, va chercher à s’évaporer, et ce faisant va te refroidir (cf. le E du RECC). Pas bien ! Du tout ! Vraiment ! Pouah !

Donc, on évite déjà à tout prix de transpirer lors d’un effort dans le froid (facile pour l’astrophotographie en général, mais plus pénible pour une balade en raquettes dans 80 cm de poudreuse bien légère). N’hésite pas à t’arrêter quand tu commences à « chauffer » pour enlever une ou plusieurs couches de vêtements (cf. plus bas pour les vêtements).

De la même manière, si on évolue dans (ou sous) la neige, il faut vraiment faire l’effort de se brosser régulièrement avant que les flocons ne passent à l’état liquide et viennent tremper les vêtements. Et/ou utiliser une couche extérieure VRAIMENT imperméable (cf. plus bas pour les vêtements). Et/ou encore avoir des vêtements de rechange gardés au sec.

Enfin, la pluie quand il fait froid, c’est vraiment une des pires galères à gérer. Soit tu fais comme l’astro-photographe en cas de pluie ( tu ne sors pas 😉 ), soit tu utilises une couche extérieure vraiment imperméable, comme pour la neige (plus éventuellement des vêtements de rechange au sec).

Corollaire : l’hiver, le coton tige euh non tue !
Hé oui, le coton absorbe à foison l’humidité et met énormément de temps à sécher. Effet frigorifique assuré pour de longues heures. C’est top pour l’été, beaucoup moins quand tu es en train de lutter pour conserver ta température corporelle 😉
Privilégie donc des vêtements synthétiques « spécialisés » ou de la laine si tu préfères les matières naturelles !

3 : donne à ton corps du carburant qu’il puisse chauffer !

Le gras, c’est la vie.

Karadoc

Ton corps est une chaudière, et comme toute chaudière elle a besoin de carburant pour chauffer. Donc n’oublie pas de te gaver de calories, plein, et du gras aussi (par exemple sous forme de noix et de noisettes, hein ?).

En corollaire, la boisson chaude préparée à l’avance ou réalisée sur place est une bonne source de chaleur que ton corps n’aura pas à produire ;). Thés et tisanes c’est déjà bien, mais avec le temps je leur préfère de l’eau chaude avec du bouillon cube (c’plein de gras ^^ )

4 : souviens toi de l’été dernier, ah non c’pas ca, des 4 initiales du RECC alors !

On a déjà vu pour le « E » dans la règle/conseil n° 2.
Voyons ce qui peut être malin pour les autres :

Rayonnement : si tu as la possibilité, trouve-toi un rocher au sud qui a bien chauffé au soleil et qui te restituera la chaleur emmagasinée pendant de longues heures, c’est gratuit pas cher en plus .
Sinon, utilise au maximum des vêtements sombres, qui emmagasineront le plus possible l’énergie fournie par les rayons du soleil. [Normalement c’est là que tu percutes que c’est vrai que tu as plus chaud au soleil quand tu mets un tshirt noir qu’un blanc 😉 )

Conduction : c’est pas très compliqué, isole-toi tu sol qui n’est froid ! Si tu es en statique (en astro-photographie par exemple), n’hésite pas à utiliser un bout de tapis de sol Decathlon (oui en plus des chaussures bien sûr). N’enlève pas tes raquettes ou tes skis, etc etc.

Convection : là encore, le principe est simple : évite le vent ! Soit tu te trouves un endroit abrité ou moins impacté, soit tu te crées cet endroit (vêtement coupe-vent et/ou abri de fortune si nécessaire)

5 : habille toi convenablement, que diable 🙂

Je t’avais parlé de 3 couches dans mon billet précédent, sur le principe c’est toujours ça. Par contre, j’ai découvert, testé et adopté un système « modulable » de 5 couches, présenté par David Manise dans un article du n° 19 de Carnets d’Aventures (magazine que par ailleurs je te recommande chaudement, ho ho ho !), qui permet de faire face à un nombre important de cas de figure différents, avec finalement peu de « matériel ».

Je te présente rapidement les 5 couches, leur rôle respectif , et A TITRE D’EXEMPLE (et non de vérité ultime) ce que j’ai choisi concrètement pour chacune des couches :
[n’hésite pas à lire, et surtout comprendre, le texte de David (en lien juste au dessus, au cas où tu aies zappé) ]

  • Couche 1 – sous-vêtements – cette couche constitue une première protection thermique et doit permettre et même accélérer le transport de la transpiration loin du corps. Pour l’hiver, je mets un (ou deux) t-shirt(s) à manches longues en laine mérinos (c’est un peu plus cher, ca démange un peu, mais c’est sacrément efficace et ca ne retient pas les mauvaises odeurs)
  • Couche 2 – isolant hydrophobe – elle doit évacuer la transpiration loin du corps (oui encore plus loin !) et constitue la deuxième couche de protection thermique (logique tu me diras 😉 ). Un haut en laine polaire est l’idéal pour gérer ce rôle, j’ai fait un petit stock « à bas prix » chez Dec***lon 😉
  • Couche 3 – un isolant performant – cette couche doit augmenter instantanément l’isolation de BEAUCOUP. C’est typiquement la couche à mettre quand on est en statique, car le corps ne produit pas / plus assez de chaleur. La doudoune en duvet est reine dans cette catégorie, même si perso j’ai une doudoune en synthétique CUMULUS ultra-légère
  • Couche 4 – coquille – une protection mécanique contre les éléments extérieurs et le vent (et le feu si tu as l’intention de te réchauffer avec) tout en restant un peu hydrophobe. Loin des « hardshells » surfacturées des magasins de montagne, j’ai choisi pour ma part une bonne Gorka russe (un peu trop grande, pour pouvoir héberger les couches du dessous sans être comprimé) en coton à fibres longues (ou ventile) qui a l’avantage de la robustesse, de la durabilité, de la résistance au feu en plus d’un prix bien en deçà des coquilles modernes et techniques.
  • Couche 5 – blindage anti-vent/pluie/neige – dernière couche, véritablement imperméable et coupe-vent, très enveloppant et long et assez solide. Typiquement le poncho de pluie trouvable au Décat’ (sans oeillets) ou dans les surplus de l’armée (avec oeillets pour faire un abri d’urgence)

Note : c’est valable aussi pour la tête/cou, les jambes, les mains et les pieds, même si on se contente en général de 1 à 3 couches pour ceux-ci (couches 1, 2 et 4)

Alors clairement, le but n’est pas de tout porter sur soi en permanence ; l’article montre (et explique) différents cas de figures, en voici un ou deux en synthèse :

  • en pleine activité lors d’une balade en raquette : couche 1 OU couche 1 + couche 2
  • pause pour faire quelques photos et/ou pour grignoter un bout : situation précédente + couche 4
  • continuation de la balade sous la pluie / neige fondante : couche 1 + couche 5 (avec les autres couches soigneusement conservées au sec pour le bivouac du soir)
  • session d’astrophotographie en montagne, de nuit (comme souvent pour l’astro) par un ciel clair, froid et sec : Couche 1 + Couche 2 + Couche 3 (+ couche 4 si du vent pointe le bout de son nez). Comme on est foncièrement statique, on n’oublie pas de blinder la couche 3, on n’hésite pas à doubler les bonnets et les gants, et à s’isoler du sol froid

 

SFPa_130210_003

Bon je pense que j’ai déjà fait un petit tour sympathique de la question, ça suffira donc pour aujourd’hui 😉

N’hésite pas à commenter si tu as des questions ou des remarques, et si tu es intéressé à en savoir plus, n’hésite pas non plus à aller faire un tour sur le site du CEETS pour t’inscrire à un des stages « grand froid » de David (le site, c’est par là)

 

7 commentaires pour Le froid ? Peu me chaut…

  1. Je trouve que tu n’insistes pas suffisamment sur la possibilité de se changer … C’est à mon sens indispensable dans certaines situation notamment après une grosse marche d’approche pour rester dans sa « zone de confort ».

    Pour tout le reste on sent l’experience du stage de survie … et de la nuit dans la neige 😉
    Dernier billet de Pyrros : Ma Meilleure Photo de Saison : Le FroidMy Profile

    • Je n’insiste effectivement pas sur la possibilité de se changer car je préconise et recommande plutôt en premier lieu d’adapter son système de vêtement au moment / cas de figure (en plus de la personnalisation à son cas personnel).
      Si c’est bien maitrisé et fait correctement, la rechange reste peu ou pas utile (à une ou deux exceptions près, mais plutôt pour de l’expédition sur plusieurs jours que des sorties à la journée ou au week-end de toutes façons, ce qui n’est pas le but premier du présent billet)

    • En complément, ce d’autant plus que :
      1 la rechange ca pèse et ca prend du volume dans le sac qui pourrait être utilisé pour du matos photo 😉
      2 s’il y a besoin de se changer c’est que la règle numéro 2 a mal (ou pas) été appliquée 😉

  2. Merci Seb pour ces conseils ultra-précieux. C’est vraiment un article bien fait et qui résume parfaitement cette problématique du froid que nous, pauvres montagnards du dimanche ignorons la plupart du temps !

    • Salut Laurence,
      Merci à toi pour les compliments !
      Etant très frileux de nature, j’ai mis beaucoup de temps à apprendre vraiment les bonnes astuces (trouver une bonne source d’infos aide grandement soit dit en passant 🙂 )
      L’idée de partager vient ensuite naturellement histoire que d’autres personnes dans mon cas mettent moins de temps que moi pour arriver à gérer le froid correctement 😉

  3. Je n’y connais absolument rien question FROID par contre je reconnais Versoix et la magie si rare qui a eu lieu il y a peu de temps! C’était vraiment fabuleux à photographier.

Un ping pour Le froid ? Peu me chaut…

Laisser un commentaire

Votre adresse de messagerie ne sera pas publiée. Les champs obligatoires sont indiqués avec *

CommentLuv badge